Je suis née avec une sensibilité du corps exacerbée.

Petite,

Ma peau,

exaspérée par le plissement  au contact de l’eau,

agacée au contact de la sécheresse de la terre,

inconfortable au frottement à certaines matières,

étouffée par certaines accolades,

Ma peau,

Un papyrus poreux retranscrivant les vibrations psychologiques et invisibles  des lieux et des personnes,

Un corps-peau, un instrument ultra-sensible, où tout entrait et traversait,

imprimant ton histoire, son histoire, vos histoires, le relent de mémoires d’hier, de mémoires perdus qui ne m’appartenaient pas consciemment,  dans le cul-de -sac d’impressions non-identifiées. Des mémoires collectives dans les tréfonds de mon corps, de la matière, de ma matière collective.

Je suis ta peau,  la peau de la roche, la peau du soleil qui brûle, du vent qui effleure le silence,

la peau des terres violées, le terrain vague où la vie s’est perdue dans l’obscurité,

je suis le sable qui a perdu son océan, la poitrine qui gémit sous le fardeau de l’herse du temps,

je suis le fossile qui croit à son immobilité fatale, je suis celui qui trompe et celui qui est assiégé,

je suis la forme parfaite en suspens, et la forme à l’intention fatale retournée par les bras puissants de la Nuit

Je suis peau du monde, dans ses errements, dans ses étreintes, dans son passé calamiteux, dans ses espoirs tordus par la

Peau de l’Obscurité sans fond,

je suis la tyrannie du temps flirtant avec le mensonge, la nuit sans repos qui sent le souffle du traite par derrière,

je suis la Peau de la densification extrême de la matière et la cale souterraine du navire de ma conscience,

Je suis peau d’ange, peau d’ébène aux reflets miroitants,

la peau de l’oiseau qui étale les couleurs de vie, la peau du nouveau-né appelant la caresse de l’absolu,

la peau derrière les illusions, la peau d’épure,

une peau qui a tout connu et qui ne connait rien encore du Sublime,

je suis peau de l’écrin Divin, qui se le rappelle à chaque mue.

 

Ma peau,

Une torture qui crispait le système nerveux, qui se frottait à un monde

comme trop plein des strates involutives de l’humanité,

trop vaste pour lui,

un contact trop grossier, trop

De trop,

d’une matière qui semblait trop inerte, trop révulsée sur un passé qui l’avait « encagé ».

Une peau qui pouvait tout absorber et qui s’obstruait,

La souffrance qui flirtait avec la jouissance,

un pont incertain, une reliance incertaine,

un funambule entre les extrêmes,

qui devait trouver au milieu des opposés,

ce qui relie,

faire le joint entre ce qui paraît inconciliable.

Ne plus choisir entre ce qui flatte les nerfs ou les irritent,

L’attitude juste, la conscience ajustée, devenir un instrument accordé au rythme de la respiration universelle.

Un corps-nerf, un corps-vie qui ne respire plus indépendamment, mais qui devient respiration avec ce qui l’entoure.

Une Peau-corps qui fusionne avec la terre-matière , socle sacré de la Vie.

 

Ce qui relie sera toujours plus vaste que le vaste que l’on peut imaginer.

L’imagination protège encore l’expérience, pour rassurer ce qui n’a pas la plasticité de s’élargir.

Nous sommes des êtres sous tutelle de formes, pour apprendre, à notre rythme d’intégration, à contenir le monde des mondes.

La  conscience de la peau-corps qui élargit ses points de contact à tout, en tout, à la Félicité, en la Félicité, passe obligatoirement par la traversée du subconscient collectif, le réservoir de toute l’histoire de l’humanité, pour l’assainir, pour libérer la cellule de la matière ,des mémoires d’un temps qui a fait son temps,

Le temps se perd et diverge à l’infini en celui qui a oublié l’espace,

Brisons l’illusion des lignes de temps, afin de retrouver la vaste conscience qui s »autorise à sa fantaisie,  à se fixer sur un point ou pas.

Le temps d’un battement d’aile…